Le religieux et le politique dans la Révolution française

L’idée de régénération

Lucien Jaume, professeur de sciences politiques à Sciences-Po et spécialiste du libéralisme qu’il aime à présenter comme une « inspiration » vient de publier un livre passionnant et étrange à la fois, à mi-chemin de l’étude historique et de l’étude philosophique intitulé Le religieux et le politique dans la Révolution française [1]. Le thème retenu pour aborder ces deux domaines est celui de la « régénération » ce qui amène l’auteur à croiser des éléments peu fréquents dans la philosophie politique, éléments parfois proches de l’hermétisme et qui permettent de saisir sans aucun doute ce que nous pourrions appeler l’élément mystique de la Révolution française ; loin des clichés habituels sur une Révolution réduite au seul triomphe de la Raison et substituant un Être suprême au Dieu incarné des chrétiens, l’auteur montre à l’aide de multiples analyses fort concrètes combien la Révolution excéda le simple cadre politique pour s’inscrire dans un cadre religieux d’avènement d’une nouvelle humanité précisément régénérée comme le serait le chrétien par le baptême.

A : La notion de régénération

Le terme de « régénération » peut étonner ; il possède aujourd’hui un sens extra politique, essentiellement biologique, et semble s’apparenter à la faculté d’une entité vivante de se reconstituer après la destruction d’une partie de cette entité. Son application au champ historico-social peut surprendre mais elle est en fait justifiée par le lexique des acteurs mêmes de la Révolution. Lucien Jaume prend grand soin, dès la première page de l’ouvrage, à justifier l’emploi de ce terme du fait même qu’il fut employé par bien des acteurs de l’époque. Ainsi Fouché dans ses Mémoires : « Nous poursuivons une chimère avec la fièvre du bien public. (%u2026). Une régénération sociale (%u2026), l’enivrante fonction de la restauration de l’Etat. » (Fouché, Mémoires, 945, p. 36-37). Ou encore Tocqueville qui insiste dans L’Ancien Régime et la Révolution sur cette notion comme condition d’intelligibilité de la Révolution [2].

Il y a donc dans l’idée de rupture avec l’Ancien Régime quelque chose qui ne se laisse nullement ramener à la simple question du progrès ni même de l’émancipation ; il y a plutôt l’idée d’un double procès qui est dans son versant apparent « destruction » et dans son versant plus dissimulé, ou plus mystique, retour à l’essence perdue de l’homme. Si l’on rompt avec le passé, on ne fait pas que rompre : on restitue à l’homme son humanité perdue et oubliée. A ce titre, il faudrait penser un certain nombre de symboles comme étant des actes bien plus religieux que politiques : tel est le cas du changement de calendrier, de l’imposition de la langue française qui rompt avec les enracinements particuliers et avec le patois, etc., de sorte que le citoyen ne soit pas que le signe de la rupture avec le sujet du roi mais également la forme à travers laquelle puisse enfin se réaliser l’humanité accomplie.







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